Handicap : un bond en arrière ?

La fermeture annoncée de logements pour étudiants handicapés à la fac de Nanterre illustre une évolution plus générale : un retour en arrière inquiétant sur l’intégration des personnes handicapées.

Alicia

Au 1er septembre, huit étudiants lourdement handicapés risquent de se retrouver à la porte de leur logement universitaire, sur le campus de Nanterre. La nouvelle est tombée le 27 juin dernier. Par mesure d’économie, le Conseil général des Hauts-de-Seine a refusé de revoir à la hausse son soutien financier pour l’Unité de logements et services. Située au sein de la faculté de Nanterre et gérée par le GIHP (Groupement pour l’insertion des personnes handicapées physiques) Ile-de-France, cette ULS se retrouve donc aujourd’hui menacée de fermeture.

Depuis trois ans, huit étudiants très dépendants y occupent un appartement domotisé, ce qui leur permet de suivre un cursus universitaire comme tout le monde. Alicia, 21 ans, qui vient de terminer sa première année de licence de psychologie, confirme que ce type de logement « donne beaucoup d’autonomie. Avec le GIHP, il y a une auxiliaire disponible presque en permanence, et même la nuit. C’est pratique car, comme on est étudiants, on ne se couche pas tôt. Et ça me permet aussi de voir des amis ».

Le concept a été inventé par des étudiants voilà près de 30 ans, et le GIHP passe pour être le pionnier en ce domaine. Dans les appartements d’une ULS, les appareils électriques, portes et volets, peuvent être commandés à distance grâce à une télécommande universelle (appelée « contrôle d’environnement ») ; les locataires bénéficient des services d’auxiliaires de vie pour les aider dans tous les actes de la vie quotidienne (repas, toilette, soins…) ainsi que d’une permanence sur place la nuit.

Pour Ana de Nazelle, responsable du service vie autonome du GIHP, « la fermeture  serait un échec, pour ces jeunes et pour la société toute entière ». Mais l’association n’avait pas vraiment le choix : en 2010, les prestations à Nanterre ont creusé un trou de plus de 200 000 euros. Saisi depuis décembre 2010 d’un risque de fermeture au 1er juillet, le Conseil général 92 a fait la sourde oreille et n’a pas répondu à une pétition envoyée par les étudiants… Jusqu’à annoncer ce 27 juin son refus d’un soutien accru.

Pris au dépourvu, faute d’avoir prévu une solution de remplacement, les étudiants handicapés sont restés, pour la plupart, dans leur résidence. Au 1er juillet, date initialement prévue pour la fermeture, le GIHP leur a donné deux mois de délai. En espérant que le Département des Hauts-de-Seine révisera sa position d’ici là, ou qu’une autre solution pourra être trouvée. A défaut, la plupart des résidents de l’ULS devront tout simplement… abandonner leurs études.

Cette affaire n’est pas isolée, et reflète un vrai problème de société. Car l’ULS n’est pas la seule victime. On semble assister à un bond de trente ans en arrière sur le front de l’intégration des personnes handicapées. Ainsi une proposition de loi du sénateur UMP Paul Blanc, qui assouplit les obligations d’accessibilité dans les logements neufs, vient d’être votée par les députés. Dans le même temps, le rapport d’un autre sénateur UMP, Eric Doligé, propose de supprimer les sanctions pénales concernant la discrimination à l’encontre des handicapés. Enfin, certains instituteurs, eux-mêmes handicapés et qui ont besoin d’assistants pour les aider dans leurs tâches quotidiennes, voient le contrat de ces derniers non renouvelés. Les personnes handicapées n’auront-elles bientôt comme seul choix que de retourner en institution ? Absurde quand on sait qu’une personne handicapée vivant à domicile coûte moins cher à l’Etat.

Article : Caroline Gauthier

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One Comment to “Handicap : un bond en arrière ?”

  1. oui c’est dégoutant oui c est une recul de l insertion des personnes mais c’est révélateur de l ‘individualisme grandisant . Ce que je vais dire est dur mais de toute manière à quoi cela sert t’il de faire des études quand on est lourdement (quand on est lourdement handicapés on ne trouve pas de travail car les employeurs n’en nont rien à foutre des personnes handicapées et n embauchent des personnes handicapées ( les moins handicapées possible -mal de dos malentendant, malvolyant) que par peur des sanctions financières. A quand l’euthanasie pour nous éviter de « vivre » pire que des chiens?

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